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Quand consulter qui?

Il peut être difficile de savoir exactement vers quelle ressource se tourner lorsque nous nous sentons en détresse ou particulièrement déprimé. Plusieurs ressources s’offrent à nous, mais comment savoir qui consulter, et quand consulter ?

Cet article présente une histoire de cas fictive illustrant les facteurs de risques et facteurs de protection dans une situation où tout dérape, et les différentes ressources qui s’offrent à nous.

Petite histoire du parcours d’une battante

Maude (*) est déménagée au Québec depuis près d’un an pour commencer un nouveau programme d’études et a trouvé un emploi dans un bar près de chez elle. Elle est sociable et s’est rapidement fait un cercle d’amis. Elle a des contacts épisodiques avec sa famille avec laquelle elle est en bons termes, mais qui habite outre-mer.
Au lendemain d’une rupture amoureuse douloureuse, Maude se réveille avec le désir irrésistible de rester prostrée au fond du lit pour la journée. Aucune envie de manger, s’habiller, étudier, aller travailler. Dans un premier temps, les amies sont appelées en renfort et, bonnes joueuses, elles se rendent avec empressement au secours de Maude qui promène son coeur en lambeau.
Après plusieurs semaines de soin et de présence attentive, les troupes s’essoufflent devant l’état de l’amie qui, le remarquent-elles parfois, semble avoir fait passer la bouteille de vin au statut de meilleure amie. Elles sont d’autant plus préoccupées que le discours pessimiste et mélancolique est maintenant remplacé par des éclats de colère lors desquels Maude a tendance à lancer des objets de façon désordonnée. À la dernière soirée, elle a heurté accidentellement l’une des amies les plus dévouées. Dans son désarroi, elle s’en est prise à elle-même s’invectivant et se frappant violemment. Par ailleurs, le propriétaire, dérangé par le bruit fréquent, tard dans la nuit, menace d’expulser Maude de son logement d’autant qu’elle n’a pas payé les deux derniers mois de loyers.
Lors de la dernière soirée violente, les amies ont lancé un ultimatum à Maude en l’implorant de se faire aider sous peine de ne plus voler à son secours. Maude proteste en expliquant être allée passer la nuit à l’urgence de l’hôpital de son quartier d’où on l’a renvoyée après avoir vérifié qu’elle ne semblait pas dangereuse pour elle-même ou les autres dans l’immédiat, qu’aucune mesure d’urgence ne semblait nécessaire et en lui recommandant de consulter son médecin au besoin. Maude n’a pas de médecin de famille qui la connait bien. Inquiète de la menace de désertion des amies et de plus en plus envahie par des attaques de panique qui alternent avec des moments ou elle se sent totalement en possession de ses moyens et capable de changer le monde, elle se rend, épuisée par une autre nuit à boire et à faire la fête, dans une clinique sans rendez-vous. Le médecin lui prescrit différentes analyses sanguines et un anxiolytique afin de contrôler les crises les plus handicapantes, lui recommande expressément de consulter un médecin qui pourra assurer le suivi et lui remet une recommandation de consultation en psychothérapie.
Rassurée par l’effet calmant des anxiolytiques, Maude navigue au radar encore quelques mois et c’est lorsqu’elle se retrouve sans appartement et sans amies pour l’héberger qu’elle cogne à la porte du CLSC de son quartier. On la reçoit en évaluation de première ligne. Afin de faire face au plus urgent (problème de logement, déroute financière et consommation d’alcool incontrôlée) on l’oriente vers un centre de crise. Elle s’y dépose, s’y repose et s’y expose, à l’intervenante et à elle-même. L’état de crise géré, un nouveau logement à aménager et son CV sous le bras afin de se trouver un nouvel emploi moins épuisant pour elle, Marie choisit finalement de voir plus clair dans sa vie et décide de consulter en psychothérapie.
Le parcours du combattant ne s’achève pas pour autant! La liste d’attente à son CLSC pour de la psychothérapie est d’une année. Elle n’a pas les ressources financières pour consulter en pratique privée. Soutenue par son intervenante, elle réussit à trouver une ressource communautaire qui offre de la psychothérapie à tarif réduit et obtient aussi un rendez-vous auprès d’un médecin de médecine familiale. C’est ce dernier qui la réfère pour une évaluation en psychiatrie afin de mieux comprendre la nature des sautes d’humeur, parfois violentes qui la préoccupent grandement. L’évaluation révèle qu’elle souffre d’une maladie bipolaire qui peut être contrôlée par une médication appropriée. Un premier dosage est proposé et un suivi est assuré afin d’en vérifier les effets et de corriger au besoin. Le psychiatre recommande la poursuite d’une démarche en psychothérapie et confie au médecin de famille le suivi médical nécessaire.
Actuellement, Maude apprend doucement à intégrer cette nouvelle représentation d’elle-même. Elle travaille fort à se pardonner ce qu’elle perçoit comme une faille et à réparer les torts qu’elle a causés à ses relations amicales et qui la rendent honteuse. Elle réorganise patiemment sa vie quotidienne, son budget, son travail et ses études. Elle tolère progressivement un état émotif plus stable, mais qu’elle a d’abord ressenti comme terriblement ennuyant. Elle cherche quelques nouvelles expériences pour arriver à épicer un peu son quotidien sans le rendre totalement toxique, ce qui ne s’avère pas une mince affaire! Elle identifie aussi les moyens pour mieux prévenir d’autres épisodes de désorganisation, les signes précurseurs, les facteurs de risques et consolider ses nouveaux facteurs de protections comme cette nouvelle connaissance d’elle-même et de sa capacité à utiliser l’aide de ses amis et des ressources professionnelles autour d’elle.

Quand, tout dérape

Il faut d’abord se rappeler que les difficultés rencontrées peuvent être de nature tout simplement situationnelle: la perte d’un emploi, un échec amoureux, un traumatisme quelconque, un changement de milieu de vie par exemple. La résolution de la crise peut parfois être toute simple et ne pas conduire à un état de désorganisation semblable à celui qu’a traversé Maude. Le support des amis ou quelques rencontres en psychothérapie permettent parfois de retrouver rapidement l’équilibre perdu. On comprendra que l’histoire de Maude vise essentiellement à illustrer le plus large éventail d’écueils et que « toutes ressemblances avec des évènements ou des personnages vivants ou ayant vécu ne seraient qu’être fortuites et liées au hasard ».

Facteurs de risque et facteurs de protection

Ainsi, afin de faire face aux défis que nous propose la vie et de nous y adapter, nous devons pouvoir compter sur des facteurs de protection et nous préserver des facteurs de risques. Parmi ces facteurs se trouvent nos relations, les conditions de notre environnement, notre santé, nos habitudes de vie, nos attitudes. Tous ces facteurs peuvent se révéler comme appartenant à une catégorie ou à l’autre: protection ou risque. Départager ce qui appartient à l’une ou l’autre, transformer ce qui s’avère nocif, enrichir ce qui constitue une ressource n’est pas chose facile et peut nous décider à aller chercher de l’aide. Mais quelle aide et auprès de qui? Plusieurs ressources personnelles et professionnelles très précieuses s’offrent, mais les dédales à parcourir afin d’y accéder s’assimilent parfois au parcours du combattant. Tentons de démêler tout ça afin d’y voir plus clair et de réussir à faire les meilleurs choix.
Tout d’abord, qu’entendons-nous par ressources? Plusieurs choses. Entre autres: l’entourage (amis, famille), les lignes d’écoute, les centres de crise, l’urgence de l’hôpital de quartier, les médecins de famille, le CLSC, la psychothérapie. Il est important de noter que chacune de ces ressources possède ses spécificités et ses limites. Il n’y a pas une ressource meilleure que l’autre, mais plutôt des ressources mieux appropriés que d’autre pour répondre aux besoins particuliers, à l’urgence relative de la situation et au défi qu’elle représente et permettant de transformer un facteur de risque en facteur de protection. À ce titre, les ressources d’aide se complètent l’une l’autre et s’organisent en synergie.

La santé

Parmi les facteurs, de protection ou de risques, se trouvent l’état de santé, les facteurs biologiques. Plusieurs maladies affectives (par exemple, la dépression, le trouble anxieux ou le trouble bipolaire) ont une composante biologique déterminante. D’autres maladies physiques comme l’anémie, certains cancers ou des troubles hormonaux variés influencent l’humeur. On ne saurait donc ignorer l’interaction entre l’état de santé physique et psychologique et son incidence sur notre capacité à faire face à des difficultés situationnelles. En ce domaine, les ressources médicales (médecins de famille, clinique médicale, CLSC, urgences médicales) sont les ressources de premier plan pour répondre au besoin d’évaluation et de soins le cas échéant.

L’environnement social

Une autre grande famille de facteurs de protection ou de risque est notre environnement social (la famille, les amis, le travail, l’environnement et les ressources matérielles). Certaines situations de crise viennent compromettre sérieusement l’accessibilité de ces ressources nous rendant ainsi plus vulnérables à la détresse dans notre tentative de résolution de problèmes. Les ressources sociales (lignes d’écoute, centre de crise, services d’urgence sociale, CLSC, centre communautaire) sont alors tout indiquées afin de gérer l’urgence, évaluer, orienter et de nous permettre ainsi de retrouver rapidement l’équilibre et la sécurité, conditions essentielles au travail de compréhension et résolution nécessaire à une résolution de problème ou un changement nécessaire. Ces ressources sont généralement disponibles en tout temps pour des services d’urgence à court terme.

L’état psychologique

Enfin, troisième catégorie de facteurs de risques ou de protections est notre répertoire d’attitudes psychologiques, d’habitudes de vie et notre état de santé mentale. Ici, le changement ou la transformation, l’enrichissement de ce répertoire repose sur un processus de’exploration et de compréhension de soi qui demande parfois temps et engagement. Dans cette démarche de connaissance de soi, les ressources de psychothérapie sont les mieux indiquées. La crise et l’urgence étant plutôt derrière soi, les hypothèses de maladie physiques écarter, ou contrôler le travail de psychothérapie vise a la compréhension de soi, l’adaptation optimale à la situation menaçante, a l’augmentation des facteurs de protections et la diminution des facteurs de risques, a la transformation, la consolidation ou l’enrichissement de notre répertoire d’attitudes et de comportements psychologiques. Dans cette démarche les groupes de support ou d’entraide peuvent aussi s’avérer précieux en soutenant, éclairant et complétant le travail accompli de façon individuelle.

Relation d’aide, intervention de crise, psychothérapie

Enfin, il n’est pas toujours facile de clairement identifier notre besoin d’aide quand survient une situation de crise. L’évaluation en psychothérapie permet de cerner le besoin d’aide et décider si la psychothérapie est le meilleur moyen à choisir dans les circonstances. Notons par exemple que Maude aurait eu beaucoup de difficultés a s’engager en psychothérapie alors qu’elle était encore très agite et que sa vie était globalement hors contrôle. La relation d’aide lui a permis de prendre les mesures nécessaires afin de devenir capable de s’attarder plus profondément aux causes profondes à l’origine de la crise a laquelle elle faisait face. Ajoutons aussi qu’il peut arriver qu’en cours de thérapie, une nouvelle situation de crise émerge et demande de placer de cote les objectifs de psychothérapie afin d’offrir transitoirement support et orientation et d’y revenir ultérieurement. En ce sens, le psychothérapeute peut être appelé à faire ce que nous décrivions plus haut comme de l’intervention de crise. Cependant, ses conditions de travail particulières font en sorte qu’il ne peut être disponible en tout tant et pour des rendez-vous d’urgence comme le sont les services de crise. Par ailleurs, l’état de santé peut évoluer grandement en cours du processus de thérapie et les observations du thérapeute peuvent devenir très utiles au médecin qui pourrait avoir à modifier une conduite de traitement. Pour cette raison, il est souvent souhaitable et souhaité, comme dans l’histoire de Maude, que les différents intervenants impliqués puissent travailler en collaboration les uns avec les autres créant une synergie utile à la personne en changement.

Différents liens vers des ressources utiles:

• Portail du gouvernement du Québec, volet santé mentale
http://msss.gouv.qc.ca/sujets/prob_sante/sante_mentale/index.php?Accueil
• Instrument de recherche de ressources en santé mentale au Québec
http://www.sante.gouv.qc.ca/repertoire-ressources/
• Répertoire de. Ressources en santé mentale de l’hôpital Douglas
http://www.douglas.qc.ca/community_resources
• Répertoire des ressources communautaires en santé mentale
http://www.arrondissement.com/tout-directory/s49-sante-mentale/t1/
• Portail du gouvernement du Canada, volet santé mentale
http://www.phac-aspc.gc.ca/mh-sm/index-fra.php
• Ordre des psychologues du Québec
http://www.ordrepsy.qc.ca/
• Brochure de l’OPQ: La psychothérapie
http://www.ordrepsy.qc.ca/pdf/Brochure_La_Psychotherapie_Se_poser_les_bonnes_questions.pdf

Danielle Desjardins, psychologue
Directrice, CPF Desjardins

info@cpfdesjardins.com

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